Africanisation du clergé catholique : un colloque pour poser un nouveau regard

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En 1910, seul 1 % des chrétiens dans le monde se trouvaient en Afrique. Aujourd’hui, le continent africain est celui qui en compte le plus, avec près du quart de l’ensemble des chrétiens.

Ce basculement en un siècle ne s’est pas fait sans remous au sein de l’Église. Un colloque international, organisé les 9 et 10 juin à Paris par Sorbonne Université, l’École française de Rome, l’université Lyon 2 et l’Institut catholique de Paris, se penche sur le développement du clergé africain, entre résistances et adaptations aux réalités locales.

De la décolonisation au concile Vatican II

L’idée de ce colloque a émergé de l’ouverture des archives du pape Pie XII (1939-1958). Accessibles depuis mars 2020, elles permettent d’étudier l’action du Saint-Siège en Afrique subsaharienne à la fin de la période coloniale. Le colloque se concentre sur la première moitié du XXe siècle, étudiant le long processus de décolonisation jusqu’aux indépendances et à l’imminence du concile Vatican II.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Église craint que les soulèvements décoloniaux deviennent des mouvements antichrétiens. « L’Église essaye de rompre les alliances entre les missionnaires et la colonisation, pour assurer le maintien de l’Église sur place », explique Édouard Coquet, docteur en histoire contemporaine à l’École française de Rome et coordinateur du colloque. « Cette distinction ne peut se faire qu’à condition de développer le clergé local. C’est la clé de voûte du renouvellement de la stratégie missionnaire à la fin de l’époque coloniale. »

Un processus complexe

Le développement du clergé local s’est fait par étapes. Les premiers balbutiements ont lieu dès la fin du XIXe siècle. Le clergé autochtone progresse sensiblement dans les années 1930, et se massifie à partir de la Seconde Guerre mondiale.

« Le concept d’africanisation est apparu dans les années 1940 au sein des missionnaires, pour désigner la formation d’un clergé africain et promouvoir un leadership africain, explique Jean-Luc Enyegue, directeur de l’Institut des jésuites en Afrique. La question s’est élargie ensuite aux chants liturgiques, au rite, aux symboles utilisés… jusqu’à couvrir d’autres sphères que le religieux, car les leaders religieux sont devenus, pendant les indépendances, des leaders intellectuels pour les nouveaux États-nations. »

Une lecture historique à renouveler

Parmi les intervenants figurent des professeurs religieux et laïcs, de chaque côté de la Méditerranée (France, Bénin, Kenya, Cameroun, Togo, Nigeria…). Cette diversité d’historiens permet d’apporter des regards complémentaires ainsi que des nuances en prenant en considération les spécificités de chaque territoire. Le développement du clergé autochtone ne s’est pas réalisé de manière homogène sur tout le continent africain.

« L’idée de ce colloque est de montrer la multiplicité des acteurs, explique le coordinateur Édouard Coquet. Les missionnaires qui ont reçu les consignes de Rome et qui se sont montrés plus ou moins réticents, le Saint-Siège qui désire accélérer le mouvement, et le clergé africain lui-même, qui n’a pas été passif de cette transition. Il a eu sa propre stratégie, il s’est approprié le sacerdoce et l’action missionnaire. »

Pour le professeur camerounais Jean-Luc Enyegue, il s’agit de porter un « autre regard sur cette histoire de l’Église d’Afrique, jusqu’ici souvent très eurocentrique, car écrite par des historiens européens. Ce colloque permet de faire entendre des voix africaines et de mettre en avant les contributions des Africains dans le devenir de l’Église locale aujourd’hui. »

Une inversion des relations entre Occident et Afrique

Le colloque se clôture par une table ronde sur les enjeux du clergé en Afrique depuis le concile jusqu’à aujourd’hui. Vatican II a beaucoup contribué à répondre aux questions qui se posaient pour l’Afrique, notamment en ce qui concerne l’acculturation, l’adaptation de la religion catholique aux réalités locales.

La question des relations entre l’Occident et l’Afrique est d’autant plus d’actualité que s’observe une inversion de ce que prévoyait l’encyclique Fidei donum (1957), permettant l’envoi de prêtres occidentaux en Afrique. Aujourd’hui, les échanges se font plutôt dans l’autre sens. De nombreux prêtres chargés de l’accueil de leurs confrères africains dans leur paroisse française se sont inscrits au colloque.

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