Ajaccio : la bibliothèque Fesch, « un sujet d’émerveillement »

, Ajaccio : la bibliothèque Fesch, « un sujet d’émerveillement »

À l’occasion d’une journée d’étude, Hélène Casanova-Robin, professeure de littérature latine à la faculté des lettres de Sorbonne Université, décrit l’exploration des collections anciennes que renferme la bibliothèque ajaccienne.

Fruit d’un partenariat associant la mairie d’Ajaccio et la Sorbonne Université, une journée d’étude se tient aujourd’hui à l’espace Jean Schiavo de l’office Intercommunal de tourisme du Pays Ajaccien. Intitulée « Les savoirs anciens à la Bibliothèque Fesch : littératures, arts et sciences« , cette conférence invite plusieurs universitaires à présenter leurs recherches consacrées à une collection plutôt méconnue des chercheurs européens. Hélène Casanova-Robin, professeure de littérature latine à la faculté des lettres de Sorbonne Université, veut s’attacher à mettre en valeur ce trésor patrimonial à la valeur insoupçonnée.

Quel est l’objectif de cette journée d’étude ?

C’est un point d’étape. Il s’agit de faire connaître nos recherches dans le fond patrimonial dans la bibliothèque Fesch, que nous avons commencé à entreprendre il y a presque un an et demi. Nous souhaitons faire connaître ces ouvrages que nous avons trouvés et commencé à étudier. Dix personnes impliquées dans ces recherches seront présentes pour les présenter, sans dresser pour l’heure des conclusions définitives.

Qui est impliqué dans ce projet ?

Certaines personnes sont présentes depuis le début, d’autres se sont adjointes en cours de route selon leurs disponibilités. Nous sommes majoritairement issus de formation de lettres classiques. Nous avons étudié le latin, le grec, la littérature française et européenne. Nous avons également des spécialités variées : médecine grecque, littérature latine chrétienne. Une collègue s’intéresse à l’histoire de l’art antique et à sa réception dans les siècles modernes, une autre en littérature italienne de la renaissance. Moi-même je m’intéresse à la poésie latine, tant celle traditionnelle qu’astronomique.

Pourquoi porter un si grand intérêt pour la bibliothèque Fesch ?

Cette bibliothèque est d’abord un souvenir personnel. J’ai eu l’occasion de la visiter en tant qu’enfant, à l’âge de 12 ans, lors de ma première visite à Ajaccio – ville où j’allais rarement, vivant de l’autre côté des monts. J’ai gardé un souvenir de cette pièce remplie de livres, admirable, magnifique, merveilleuse. Ça m’avait frappé. Je suis revenue plus tard avec mes enfants. C’était resté dans mon esprit un sujet d’émerveillement.

Ce lien s’est maintenu au fil des années…

Oui ! En tant que chercheur en littérature latine, je travaille sur les fonds anciens. Et l’idée de venir voir ce qu’il se passait dans cette bibliothèque ne m’a jamais quitté. Si bien que lorsque j’ai pu bénéficier de quelques financements de recherche à l’occasion de ma nomination à l’Institut universitaire de France, je me suis dit que c’était le moment de mener à bien ce projet et d’utiliser ces fonds pour venir découvrir cette bibliothèque, et ainsi contribuer à la mettre en lumière.

Comment s’est noué le contact avec les bibliothécaires ?

Elisabeth Périé [directrice du réseau des bibliothèques municipales, ndlr] et Saveria Maroselli [médiatrice culturelle] m’ont accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. Mais il y avait une condition inattendue : la bibliothèque allait entrer en travaux. Je pensais que cela allait contrevenir à notre projet, mais c’était au contraire une extraordinaire opportunité : tous les livres, notamment les plus inaccessibles, allaient être enlevés des étagères pour être entreposé au sous-sol ! Plus de 30 000 livres ont été mis à notre disposition…

Plus de 30 000 ouvrages ont été mis à la disposition des chercheurs.
Plus de 30 000 ouvrages ont été mis à la disposition des chercheurs. Photo DR

Comment ces milliers d’ouvrages se sont-ils retrouvés dans cette bibliothèque ?

Je l’ignorais. Jusqu’alors, je savais que le cardinal Fesch, grand érudit, possédait de nombreux livres de grand intérêt. Mais la bibliothèque a d’abord été constituée par Lucien Bonaparte, qui a souhaité mettre à disposition des Corses un lieu de savoir, d’érudition. Il a souhaité ici constituer une bibliothèque sur le modèle des bibliothèques humanistes de la Renaissance, qui contenaient tous les savoirs, toutes les spécialités : médecine, droit, littérature, géographie, l’histoire, les sciences…

Savons-nous d’où ces livres viennent-ils ?

Certains d’entre eux viennent de couvents corses, d’autres sont issus de collections parisiennes, de monastères. Ce fonds a été recensé par un bibliothécaire, André Touranjon, dont le catalogue a été numérisé et que l’on peut trouver en ligne sur Gallica. Ce catalogue donne une idée de l’ampleur des disciplines que l’on peut retrouver ici. La bibliothèque Fesch n’est pas bien connue des chercheurs, c’est pourquoi je veux la mettre en lumière.

De quelle manière s’organise votre étude ?

Nous avons sélectionné plusieurs livres qui correspondent à nos études et nos champs d’intérêt. Mais grâce à la circonstance des travaux, nous avons aussi bénéficié de l’accès direct aux livres, et découvert plusieurs d’entre eux non catalogués. Nous nous sommes intéressés à leur contenu, à leur possesseur, à la manière dont ces livres ont contribué à la diffusion de savoirs…

"Il y a encore beaucoup à faire !", veut insister la professeure de littérature latine.
« Il y a encore beaucoup à faire ! », veut insister la professeure de littérature latine. Photo DR

Quels enseignements allez-vous tirer au cours de ce point d’étape ?

L’idée qu’il y a encore beaucoup à faire ! Nous avons encore de quoi convoquer des spécialistes issus d’autres disciplines. Il y a encore beaucoup à creuser sur l’histoire des savoirs en Corse au XIXe siècle : pourquoi Lucien Bonaparte avait souhaité constituer ces collections ? Qui fréquentait cette bibliothèque ? Elle apporte aujourd’hui beaucoup à des doctorants tout comme à des chercheurs chevronnés, liés par cette passion pour les livres et l’histoire des savoirs.

Plusieurs échantillons vont être présentés aujourd’hui : que représentent-ils ?

Ils témoignent de cette culture gréco-latine qui a irrigué nos pensées politiques, esthétiques et morales, et contribué à la construction de nos savoirs. Même dans des lieux de dimension modeste, il y a eu ce même fonds culturel destiné à la population. C’est ça qui est merveilleux.

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