Européennes 2024 : comprendre la polémique sur le temps de parole de l’exécutif durant la campagne

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Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’un discours sur l’Europe, à la Sorbonne, à Paris, le 25 avril 2024. Le président de la République, Emmanuel Macron, lors d’un discours sur l’Europe, à la Sorbonne, à Paris, le 25 avril 2024.

La pression monte autour du temps de parole des candidats aux élections européennes dans les médias, à trois jours de la fin de campagne. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), chargée de veiller à l’équité de traitement politique, a appelé, mardi 4 juin, les chaînes au « strict respect des règles » d’équité, précisant que l’intervention d’Emmanuel Macron, jeudi sur TF1 et France 2, serait décomptée du temps de parole de la liste de Valérie Hayer, tête de liste Renaissance, soutenue par l’exécutif. Le régulateur de l’audiovisuel avait aussi été saisi par des représentants de « petites listes », qui s’estimaient lésées au bénéfice des candidats des grands partis.

Quelles sont les règles en matière de temps de parole pour les élections européennes ?

Contrairement à l’élection présidentielle, le temps de parole des candidats et de leurs soutiens pour les européennes n’est pas décompté selon le principe de l’égalité (durée égale pour tous), mais de l’équité. Comme en 2019, l’autorité de régulation a choisi ce mode de fonctionnement pour donner aux chaînes « une petite marge de manœuvre », a précisé Anne Grand d’Esnon, la conseillère chargée des questions de pluralisme à l’Arcom, au vu du nombre élevé de listes (38) et d’intervenants potentiels dans les émissions d’actualité.

Concrètement, les dix-sept chaînes de télévision et dix radios concernées doivent vérifier la « représentativité des listes et des partis politiques » pour offrir un temps de parole plus ou moins important aux représentants et soutiens de chaque liste. Elles doivent s’appuyer sur les résultats lors des derniers scrutins et les estimations des instituts de sondage. Elles ont aussi pour mission d’observer la « capacité des listes à animer la campagne électorale » par l’organisation de meetings, de déplacements sur le terrain et d’autres formes de communication.

Les rédactions évaluent ensuite le temps de parole à accorder aux différentes listes, et s’attachent à faire respecter cet équilibre dans leur grille de programmes. Des relevés sont publiés chaque semaine lors de la campagne électorale. Si les auditeurs ou téléspectateurs repèrent des manquements au principe d’équité, ils peuvent saisir l’Arcom. Le régulateur a, ensuite, la charge d’instruire le dossier, et de sanctionner si besoin les médias par des mises en garde ou des mises en demeure. Les chaînes et les radios seront déchargées de leurs obligations d’équité si elles apportent « la preuve d’un refus explicite » d’une personnalité politique de se rendre à une émission.

Comment est décompté l’exécutif pendant la campagne électorale ?

Dans la dernière ligne droite avant les élections, les oppositions de droite comme de gauche ont critiqué le comportement de l’exécutif, en particulier du président de la République.

Les députés Eric Ciotti (Les Républicains), Olivier Faure (Parti socialiste) et la tête de liste Manon Aubry (La France insoumise) ont saisi l’Arcom pour que le temps de parole du chef de l’Etat soit décompté lors de son allocution, jeudi, sur TF1 et France 2. Depuis Caen (Calvados), Emmanuel Macron doit s’exprimer sur les commémorations du Débarquement de Normandie et « sur l’actualité internationale en Ukraine et à Gaza ». Les oppositions y voient un moyen détourner de parler des propositions européennes de Valérie Hayer.

Le timing de ce discours a aussi été décrié : « Cette prise de parole interviendra la veille de la fin de la campagne, à un moment où il ne sera plus possible de lui répondre », a déploré Olivier Faure. Les candidats et médias entreront dans la période de réserve à partir de vendredi à minuit : toute intervention politique, meeting ou distribution de tract sera alors interdite.

En réponse à ces saisines, l’Arcom a précisé mardi que « tout ou partie des propos tenus lors de cette interview pourra être pris en compte au titre de la campagne électorale ». « Les interventions du président de la République sont comptabilisées dès lors qu’en raison de leur contenu et de leur contexte, elles relèvent du débat politique lié aux élections », a rappelé le gendarme de l’audiovisuel. En avril déjà, le discours sur l’Europe prononcé par Emmanuel Macron à la Sorbonne avait été décompté pour la liste Renaissance.

Plusieurs apparitions médiatiques du premier ministre, Gabriel Attal, ont été traitées de la même manière, notamment son débat face à la tête de liste du Rassemblement national, Jordan Bardella, le 23 mai, ou son « irruption » dans le grand auditorium de Radio France, lundi, en plein milieu d’une interview de Valérie Hayer.

Quelles chaînes ont été épinglées par l’Arcom depuis le début de la campagne ?

L’Arcom a adressé, le 30 mai, une mise en demeure à France Télévisions et France 24 pour manquement « au respect des dates et de l’ordre de passage des émissions de la campagne officielle ». Lors d’une séquence consacrée aux clips électoraux, ces chaînes avaient diffusé ceux de Renaissance et du Rassemblement national à la place de ceux de deux petites listes, le Parti pirate et Changer l’Europe. « Ces créneaux de campagne sont le “seul” accès garanti aux grands médias nationaux pour tous les partis (…) Si France Télévisions les réattribue aux deux partis en tête des sondages, c’est un déni de pluralisme, donc de démocratie », s’était indigné Pierre Beyssac, numéro deux de la liste du Parti pirate.

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France Télévisions a plaidé auprès de l’AFP « l’erreur humaine » et « une inversion [qui] a été rectifiée ». France Médias Monde, le groupe public dont dépend France 24, a reconnu des « décalages involontaires » dus à une « erreur d’interprétation » des créneaux horaires et « a rétabli la diffusion des émissions de campagne conformément à l’ordre de passage défini ».

Plusieurs têtes de listes, dont Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Marine Cholley (Equinoxe), Sven Franck (Volt), Guillaume Lacroix (Parti radical de gauche), Nina Morel (Allons enfants), Hélène Thouy et Caroline Zorn (Parti pirate), ont été reçues lundi par l’Arcom après avoir dénoncé l’invisibilisation médiatique qu’elles subissent.

Le temps de parole des invités et des chroniqueurs d’émissions est-il décompté ?

Après la décision du Conseil d’Etat du 13 février, enjoignant à l’Arcom plus de vigilance sur le respect du pluralisme, le régulateur des médias a décidé de décompter plus largement les prises de position des personnalités politiques. Sans être en campagne pour les élections européennes, l’ancien membre de Reconquête et éditorialiste de CNews, Phillipe De Villiers, et l’ancienne ministre et chroniqueuse sur BFM-TV, Roselyne Bachelot, sont ainsi désormais soumis au décompte. Mais ils ne sont pas les seuls. Toutes les prises de position à l’antenne de la part d’un ressortissant européen en faveur d’une liste de candidats en France doivent être prises en compte par les antennes pour calculer le temps de parole. Ce qui signifie que les chaînes de télévision et les stations de radios doivent être attentives aux paroles des militants et des citoyens interrogés dans le cadre d’une émission.

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Écouter aussi CNews : le casse-tête de l’Arcom pour mieux faire respecter le pluralisme politique dans les médias

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