Isabelle Sommier, professeur à la Sorbonne, au festival Nostre Mar à Perpignan : « La violence des années 1970 en Italie est encore un sujet tabou »

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L’Italie est le pays mis à l’honneur cette année au festival Nostre Mar. Une période courant de 1969 au début des années 1980, a fortement marqué la péninsule : ce sont les « années de plomb » aussi appelées « la stratégie de la tension ». Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l’université de Paris Pantéhon-Sorbonne et chercheuse au centre européen de sociologie et de science politique, est une spécialiste de cette période. Elle donnera une conférence ce lundi 12 juin 2023 à 18 h30 au Palais des Rois de Majorque à Perpignan.

Qu’est-ce que sont les « années de plomb » en Italie ?

Tout d’abord cette terminologie n’est pas correcte et elle est contestée en Italie. On parle plus de “stratégie de la tension”. Cette période renvoie à l’opposition de l’extrême gauche (dont l’un des groupes les plus connus est les Brigades rouges) et de l’extrême droite et des attentats commis par l’extrême droite et les assassinats politiques des organisations clandestines de gauche. C’est pour cela que l’expression années de plomb n’est pas juste car elle fait référence exclusivement au terrorisme de gauche qui commettait les assassinats avec des armes et donc avec du plomb alors que l’extrême droite utilisait des bombes. Cette période couvre plus d’une décennie entre 1969 et le début des années 1980. C’est un phénomène totalement unique en Europe et dans le monde par son ampleur et par l’intensité de cette rébellion armée qui a eu lieu en Italie et qui a fait 2000 blessés et 380 morts (128 ont été victimes de l’extrême gauche et 252 de l’extrême droite). L’opposition entre les deux extrêmes était entre eux à travers d’affrontements dans les manifestations. Puis, les deux groupes avaient également, avec des stratégies différentes, pour même ambition de déstabiliser la démocratie et l’Etat. Les organisations de gauche avaient une visée révolutionnaire pour conduire au communisme alors que les groupes de droite voulaient acclimater l’opinion au bienfait d’un retour à un régime autoritaire.

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Un événement a fortement marqué cette période c’est, en 1978, la captivité durant 55 jours puis l’assassinat d’Aldo Moro, un homme politique qui avait été à deux reprises président du Conseil des ministres en Italie. Est-ce qu’il a conduit au déclin de ces organisations ?

C’est un événement qui a eu son importance mais le lien entre les deux n’est pas aussi direct que cela. C’est un faisceau de plusieurs choses. Après cet assassinat, la lutte anti terrorisme va être étoffée ce qui va conduire au démantèlement d’une grande partie des organisations armées ce qui fait, qu’à gauche, les Brigades Rouges vont être l’une des seules organisations qui va rester active. Des militants venus d’organisations démantelées vont se rapprocher des Brigades Rouges. C’est en réalité cet afflux qui va déstabiliser l’organisation. L’autre événement qui va contribuer à ce déclin c’est l’invention d’un statut juridique : le statut du dissocié. Contrairement au “repenti”, le “dissocié” ne donne pas les noms de ses anciens camarades mais il reconnaît avoir commis une faute en recourant à la lutte armée et s’engage à laisser les armes. En échange, il bénéficie d’une réduction de peine d’un tiers. Ce statut va semer la zizanie au sein des organisations. Dernier point, cette forte contestation est née du souffle de 1968 de la contestation étudiante et ouvrière mais au début des années 1980, nous sommes sur une autre période historique. D’un point de vue idéologique, le recours à la violence dans le cadre d’une lutte est devenu moins légitime.

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Est-ce qu’il reste des traces de cette période dans l’Italie actuelle ?

Oui, c’est un passé qui ne passe pas. Toujours pas. Il y a encore des personnes emprisonnées pour des faits commis durant cette période et puis ce sont des années tabou en Italie qui sont très mal enseignées. Cette période est également toujours une épine dans les relations diplomatiques entre la France et l’Italie car longtemps la France a refusé d’extrader des militants italiens. Il y a bien eu l’extradition du militant d’extrême gauche Paolo Persichetti en août 2002 mais il existe toujours en cours des demandes qui n’ont pas été exécutées côté français. Cette tension entre les deux pays est aussi liée à la doctrine Mitterrand qui est un engagement pris, en 1985, par le président de la République française François Mitterrand de ne pas extrader les anciens terroristes italiens d’extrême gauche, excepté ceux coupables de crimes de sang.

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