Relire Politzer aujourd’hui

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Au moment où Missak et Mélinée Manouchian entraient au Panthéon, un colloque était organisé à la Sorbonne par la Fondation Gabriel-Péri et la Pensée pour commémorer la vie et l’œuvre de Georges Politzer. Philosophe français d’origine hongroise et militant communiste, il fut assassiné au Mont-Valérien en 1942 avec plusieurs de ses camarades, comme lui intellectuels du Parti et activement engagés dans la Résistance.

En se penchant sur l’œuvre de Politzer, fait-on l’éloge d’une œuvre passée et dépassée, ou s’attache-t-on à un ensemble d’idées toujours vivantes ? Il faut juger sur pièce. Souvenons-nous d’abord que Politzer fut l’un des premiers critiques de la psychanalyse de Sigmund Freud en France. D’autres avant lui l’avaient critiquée, mais il est le premier à l’avoir fait au terme d’une lecture informée, serrée et plutôt favorable pour commencer. Contrairement à d’autres, il ne reprocha pas à Freud le pansexualisme de sa « métapsychologie », mais il loua son analyse des rêves et sa formulation du complexe d’Œdipe, aptes selon lui à restituer le sens du drame concret de toute vie individuelle. Dans le même temps, il regretta la postulation de l’inconscient, qui figeait dans une réalité mentale abstraite la signification de la dynamique existentielle.

Cette conception eut une fortune considérable. Fort des enseignements de Politzer, Jean-Paul Sartre conçut le projet d’une « psychanalyse existentielle » débarrassée de l’opacité substantielle de l’inconscient : il avait pour ambition de saisir le « mystère de la conscience en pleine lumière ».

La fraîcheur autant que la puissance de la lecture de Politzer mériteraient de retenir l’attention après plus d’un siècle de psychanalyse et par-delà le « retour à Freud » proclamé par Jacques Lacan dans les années 1960. À vrai dire, avec Lacan, il s’agissait moins d’un retour à Freud que du développement de la psychanalyse dans une direction nouvelle. Relire Politzer aujourd’hui, ce serait opérer un plus sûr retour à Freud, aussi étonnant que cela paraisse au premier abord.

Politzer s’est fait plus tranchant et plus agressif vis-à-vis d’autres tentatives de réification de la conscience. On le voit dans son brûlot de 1929, la Fin d’une parade philosophique : le bergsonisme, récemment réédité. La critique n’a rien perdu de son actualité en dépit de la violence de certaines de ses attaques contre la personne d’Henri Bergson. La philosophie, même quand elle prétend parler du concret, se présente trop souvent comme une « psychologie abstraite qui rêve du concret », alors qu’elle devrait être une psychologie véritablement concrète.

Mais n’est-il pas difficile de saisir le concret, même dans une psychologie attentive au drame humain ? Politzer semble l’avoir estimé à mesure qu’évoluait sa pensée philosophique et que se précisait son engagement politique. Derrière la concrétude des déterminations psychologiques, il devina l’épaisseur plus déterminante des conditions socio-économiques. Avant la guerre, il finit par défendre la thèse d’un « enchâssement » du psychique dans l’économique.

Enchâssement signifie-t-il effacement ? Si c’est le cas, le philosophe doit renoncer à la psychologie et se tourner vers l’économie. Le parcours même de Politzer paraît confirmer cette orientation, tout comme celui d’un marxiste structuraliste tel que Louis Althusser, qui voyait dans les premiers écrits de Politzer, favorables au psychologique par-delà l’économique, des œuvres géniales mais fausses.

Toutefois, la situation est différente si l’on juge qu’enchâssement veut dire enchaînement dialectique. Le psychologique est alors moins effacé, ou dénoncé comme une illusion idéologique, que resitué à sa juste place. Car, si la conscience n’est pas tout, notamment si elle n’est pas première mais dérivée, elle n’est pas rien pour autant. C’est d’elle, et de ce qu’elle est capable de produire en tant qu’effet de déterminations matérielles, qu’il faut attendre les transformations sociales les plus décisives. D’où, autrement, viendraient les mises en branle politiques ?

Des chercheurs qui furent à la fois psychologues et marxistes en étaient convaincus. Qu’il s’agisse d’Henri Wallon, de Philippe Malrieu ou de Lucien Sève, on mesure aujourd’hui l’importance de leur apport. Ils avaient lu Politzer. Il faut les redécouvrir en même temps que nous le relirons.

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